De l'institutionnalisation d'un abus de langage

De Seminario de Antropologia
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Source > http://jardindessais.blogspot.com.es/2012/11/de-linstitutionnalisation-dun-abus-de.html

Un enfant est fait, par "voie directe", ou "naturelle", par un homme et une femme. Par un homme et une femme ensemble. N'allons pas jusqu'à prétendre que cet enfant serait dans tous les cas le fruit de l'amour. Dans beaucoup de cas l'amour n'a pas grand chose à voir dans le scénario. Pour l'homme et la femme en question, faire un enfant n'est pas un titre de gloire, pas un mérite. Les imbéciles sont capables, eux aussi, de faire des enfants. Souvent ils paraissent plutôt incapables de ne pas en faire. Et les violeurs font des enfants. Pas une garantie, surtout, que cet homme et cette femme seront capables de l'élever. Ce qui est, tout de même, la question principale. La seule grande affaire dont il serait légitime de tirer gloire.

Beaucoup de couples homosexuels s'avèrent capables d'élever des enfants mieux que beaucoup de couples hétérosexuels. Ce qui justifie qu'on les autorise à en adopter. Sans doute. Dire qu'un enfant "a droit" à un père et une mère est un abus de langage. Beaucoup d'enfants n'ont ni père ni mère, c'est un fait. Et beaucoup d'enfants sont élevés par des couples homosexuels et s'en portent fort bien--mieux, sans doute, que beaucoup d'enfants élevés (ou pas élevés) par des couples hétérosexuels.

Mais les couples homosexuels ne font pas les enfants--pas, du moins, par voie directe, ou naturelle--ni ne les feront jamais. Le mariage est une institution (au départ un sacrement) destiné à rappeler aux couples qui font des enfants (qui les ont fait, qui les feront) que la nature ne suffit pas, qu'elle ne fait pas mérite par elle-même, qu'il faut y ajouter une forme d'engagement symbolique. Le mariage parle de cela. Il est fait pour aider, tant bien que mal, soutenir, inciter les jeunes couples d'hommes et de femmes qui font des enfants à ne pas se satisfaire de cela, à ne pas en tirer gloire trop vite. Il est fait pour les gratifier en même temps que pour les rappeler à l'ordre.

Parler de mariage à propos d'un couple homosexuel serait un abus de langage. Un contresens. Et personne n'a rien à attendre de bon de l'institutionnalisation d'un abus de langage. Que de la rancœur et de la haine.