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Jürgen Habermas, le dernier Européen
De Seminario de Antropologia
Jürgen Habermas entend faire passer son message. D’où sa présence ici. D’où la publication récente d’une tribune dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, dans laquelle il reproche aux dirigeants politiques européens leur cynisme et leur "écartement des idéaux européens". D’où la parution d’un ouvrage, un "petit fascicule", comme il dit, que la Zeit s’est empressée de comparer à "Vers la paix perpétuelle" de Kant. La question est de savoir s’il a une idée de la suite à donner à la démocratie et au capitalisme.
L’ouvrage, qui prend pour l’essentiel la forme d’un essai, s’intitule "Zur Verfassung Europas" [De l’état de l’Europe, traduit bientôt chez Gallimard]. Il y décrit la façon dont l’essence de la démocratie a évolué sous la pression de la crise et des rumeurs de marchés.
Le pouvoir n’est plus entre les mains des peuples, il est désormais aux mains d’instances à la légitimité douteuse comme le Conseil européen. Au fond, nous pouvons dire que nous avons été victimes, il y a maintenant longtemps, d’un putsch silencieux des technocrates.
Jürgen Habermas croit dur comme fer à la raison populaire. A la démocratie à l’ancienne, bien ordonnée. A une opinion publique qui sert à faire évoluer les choses.
"C’est après 2008 que j’ai compris que la poursuite du processus d’élargissement, d’approfondissement, de démocratisation, n’était pas automatique, confie Jürgen Habermas après le débat, devant un verre de vin blanc, qu’il était réversible, que nous assistions, pour la première fois dans l’histoire de l’Union, à un recul de la démocratie. Je ne pensais pas la chose possible. Nous nous trouvons à la croisée des chemins".
"Les élites politiques n’ont absolument aucun intérêt à expliquer à la population que des décisions importantes sont prises à Strasbourg. Ils n’ont peur que d’une chose, c’est de perdre leur pouvoir", dénonce-t-il.
Son point de vue est le suivant : "Les citoyens, qui étaient jusqu’alors contraints d’accepter la redistribution de la charge de la dette par-delà les frontières des Etats, pourraient, en tant que citoyens européens, faire valoir leur influence démocratique sur des gouvernements qui opèrent aujourd’hui dans une zone floue d’un point de vue constitutionnel".
C’est le cœur du raisonnement de Jürgen Habermas, qui faisait jusqu’à présent défaut dans la réflexion sur l’Europe, une formule qui résume ce qui ne va pas dans la construction actuelle : l’Union n’est pas une fédération d’Etats, ni un Etat fédéral, mais quelque chose de nouveau, une communauté juridique dont ont convenu les peuples d’Europe avec les citoyens d’Europe, c’est-à-dire dont nous avons convenu entre nous, en excluant nos gouvernements respectifs. Ce qui prive naturellement Angela Merkel et Nicolas Sarkozy du fondement de leur pouvoir, mais c’est aussi là son objectif.
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